"Gouverné par le vent"

 

 

 

En octobre 2006, après une longue interruption, j’ai décidé de recommencer à marcher ailleurs qu’en milieu urbain. Une semaine en montagne, de refuge en refuge sur un parcours sans ambition mais magnifique, m’a permis de renouer avec ce rapport au monde.

 

Mais pour moi, la montagne se referme en hiver jusqu’à la fin du printemps. Je me suis alors souvenu que les Calanques de Marseille à Cassis offraient une alternative à ce que je cherchais: l’isolement, un contact continu et sans échappatoire, avec la lumière, le vent, le froid et la chaleur, la terre et le ciel.

 

Je ne voulais pas grand-chose d’autre qu’oublier un peu la complexité des rapports sociaux, le rabâchage désespérant de la progression des inégalités humaines, les représentations anxiogènes du monde et l’impression d’étiolement physique que me laisse finalement le «confort» de la vie urbaine.

 

Modestement il me suffisait de tenter de renouer avec l’évidence des sensations les plus simples, les plus élémentaires. J’ai choisi les nuits à la belle étoile. Je voulais monter et descendre dans les pierriers, marcher non pour aller de là à là, mais pour sentir mon corps et les éléments autour. Je voulais baigner dans la lumière et le vent autant que dans la mer, dormir en écoutant les bruits et en scrutant le ciel.

 

Je voulais non pas me retrouver, mais plutôt me perdre, fusse sur des sentiers balisés; non pas méditer ou réfléchir ni chercher à voir ou à comprendre, plutôt faire taire l’agitation intérieure et ne plus sentir que mes épaules, mes pieds, la fatigue et le soleil et la pluie…

 

Le poids du sac allège la tête.

 

C’est ma grande aventure !

 

Depuis, j’ai pris goût à ces Calanques. Assis à mon bureau je me prends à rêver de ses rudesses,  de ses lumières et encore de ses vents… Alors j’y retourne. De nouvelles images s'ajoutent à celles de "la première fois". Et continuant j’ai voulu que mes images soient plus étroitement liées avec ce que j’y ressent, avec la manière dont le paysage entre en moi et avec la façon dont je le traverse. 

 

La marche dit-on incite à la contemplation. Parfois la tête se vide, sous l’effort, mais le plus souvent c’est une sorte de long bavardage avec soi même, au milieu duquel, de temps à autres, le paysage s’introduit. Les pas scandent le rythme de la pensée, tout autant qu'ils construisent la vision, attentive au chemin. Ainsi les images se sont faites rythmiques, scansions, passages plus qu’arrêts. Lors des pauses, le regard change alors de dynamique et la relation au paysage se fait plus contemplative. 

 

La tournure prise par ces photographies dans leur mise en forme, est une tentative pour traduire ma relation étroitement physique et charnelle à ces lieux qui détiennent une parcelle de moi.

 

Frédéric Bellay 

2007-2017  pour le texte, 

2007-2010 pour les images.